lundi 28 décembre 2009

la vengeance est un plat qui se mange froid


Terré dans un coffre sous des couvertures, il entendait les hurlements du combat, les cris d'agonie et la jouissance farouche des vainqueurs. Ces cris ne l'avaient jamais quitté même dans le silence du monastère où il avait trouvé refuge. Une rage sourde le rongeait et il savait que dès qu'il aurait atteint l'âge d'homme il partirait à la recherche de ceux qui avait volé la vie qui devait être la sienne. Chaque prière se muait en un complot muet, les années passaient et il ne doutait pas de sa foi, non pas en Dieu, mais en Mars vengeur.
Quitter ce refuge monacal lui sembla naturel, c'était un jour de pluie mais il souriait à l'ondée comme à un deuxième baptême. Le début de sa quête s'amorçait et il croyait être la main de Dieu pour punir les démons du passé. Ses pas le menèrent d'abord au cimetière familial, il comprit en voyant les noms que tout son village avait périt, tous sauf une personne. La seule dont il garda un souvenir de douceur et de paix, c'était une enfant à l'esprit simple et dont la lenteur ressemblait à une délectation de l'instant, un esprit à part qui ne paraissait pas voir la noirceur du monde. Comment cet être qu'on qualifiait d'imparfait avait-il eu le droit de vivre ? Il se mit à la chercher, il ne se rappelait pas de son nom, juste de sa différence. En allant dans les tavernes, il n'eut guère d'information, tout le monde disait la même chose : on ne sait pas ce qu'elle est devenu la bougresse ! Elle était la moins utile et c'est elle qui avait survécu.
Son coeur endurci souffrait d'entendre de tels propos, cette enfant n'avait rien fait de mal, elle avait le droit de vivre, même une vie qui paraissait superflue. Sa haine des ennemis se transformait en un dégoût de l'homme en général, elle seule lui paraissait pure et il se jura de la retrouver en la protégeant du monde hostile. Il n'eut pas à la chercher, elle lui apparut un matin comme un rêve à l'odeur de lait. Il dormait dans une étable, se demandant où ses pas le mèneraient, quand il entendit une vache meugler sans conviction. Il souriait sans même avoir la force d'ouvrir les yeux, savourant ce moment de douceur animale, quand il entendit une voix venue du fond de son enfance lui dire : "tais toi la vache, y'a mon ami". Mon ami ? Oui, elle se rappelait son visage d'enfant à travers son faciès d'homme, elle se souvenait de sa gentillesse enfantine et ignorait la transformation de son coeur. Il se leva d'un bond et la vit face à lui, elle portait un seau de lait et lui souriait, d'un sourire timide et grimaçant, elle était restée une enfant à jamais dans cette expression. Il but son sourire puis son lait et lui demanda de lui raconter son histoire. Elle ne savait que lui dire, on l'avait amené ici et elle avait dû faire ce qu'on lui demandait. Son réconfort lui venait de la chaleur des animaux qui lui soufflait dans le cou et la faisait rire. Elle ne montrait pas de rancoeur, pas de haine et il comprit que sa sagesse avait plus de valeur que l'intelligence qu'il croyait avoir.
Il la suivit dans la maisonnée et fut surprit de ne voir qu'une vieille femme. Où étaient les hommes qui avaient fait d'elle leur servante ? Elle lui expliqua qu'un jour tous les soldats s'étaient rassemblés peu de temps après leur grande victoire et lui avait dit qu'elle avait intérêt à trouver suffisamment à manger pour eux tous. Malheureusement, elle n'avait que sa vache et ses poules, le cochon étant mort quelques jours auparavant. Elle se dit que le cochon était toujours apprécié lors d'un repas et que dans son état il ne crierait pas lorsqu'on le découperait, elle le déterra donc, le cuit et le servit aux rustres et à son maître. Il moururent tous le lendemain de ce repas plantureux mais avarié. Elle l'avait vengé de tous les guerriers sans même le désirer. Il ne lui restait plus qu'à l'aimer, elle la vengeresse innocente aux mains douces comme le lait.

jeudi 26 novembre 2009

les amants primordiaux



Combien d'années de vie commune ? Impossible d'être d'accord, elle comptait à partir de leur première rencontre, il prenait leur première nuit comme point de départ, ce qui ne changeait pas grand chose... Les multiples ruptures, les adieux qui n'étaient que des au revoirs faisaient-ils partie de cette longue course d'endurance? Ils avaient toujours eu du mal à trouver leur rythme, elle lui reprochait son manque d'énergie, lui, s'épuisait de ses incessants coups de frein et d'accélération. Pourtant, ils savaient que nul autre ne pourrait les contenter car ils formaient l'équilibre parfait malgré les apparences; ils étaient des alter ego opposés. Elle était le feu qui réchauffe et dévore à la fois, la rêveuse réaliste, la timide audacieuse toujours avide de connaissances. Il se montrait secret et lointain, il refusait de lui ouvrir entièrement son monde par fierté ou par peur, fanfaron et pleutre à la fois, il réussissait à l'agacer et à l'apaiser en même temps, il pouvait la deviner mais ne la domptait jamais complètement. Il s'étaient rendus indispensables et se fuyaient contre tout logique.
Leurs réincarnations n'y changeaient rien, leurs apparences pouvaient évoluer, ils se reconnaissaient toujours au premier regard. Néanmoins, las de leurs fins infinies, elle avait opté pour le suicide, mais après trois morts elle se dit qu'elle devrait envisager d'autres options, elle se mit à le tuer et y prit un plaisir insensé, comme guidée par un serpent malfaisant. Chaque meurtre révélait malgré tout son amour : le poison avait un goût d'amande car il aimait en manger, le couteau ne sectionnait que l'artère fatale car elle ne souhaitait pas le défigurer, lui qui l'avait tellement comblé malgré ses défauts. Lorsqu'elle se mit à rater consciemment sa cible et que les balles ne touchèrent plus son coeur, elle comprit qu'elle voulait le sentir dans ses bras et non plus l'ensevelir. A l'instant où elle le pensa, une voiture la percuta.
Il hésitait entre le soulagement de savoir sa tortionnaire punie et le regret de perdre l'unique être qui lui procurait la force de revenir vivant d'entre les morts. Cependant, lorsqu'il la vit revivre, il sut que quoiqu'ils décident, ils étaient destinés à se retrouver. En effet, ils étaient les fantômes damnés d'Adam et Eve, condamnés à ne jamais disparaître totalement et liés à jamais car ils représentaient le commencement de tout, même de l'amour.
Combien d'années de vie commune ? L'éternité.

mardi 24 novembre 2009

le plumeur


Assise sur un banc, attaquant joyeusement mon sandwich, je le regardais sans vergogne. Il bombait le torse en allant de l'une à l'autre, il les faisait fuir plus qu'il ne les attirait mais il tentait sa chance sans relache et je me doutais qu'il arriverait à ses fins sans tarder. Une donzelle esseulée se laissa faire et à peine eut-il obtenu ce qu'il désirait qu'il alla conter fleurette à une autre. Séducteur insatiable, l'animal possédait d'autres talents. En effet, minaudant devant les vieilles dames et les touristes, il parvenait généralement à leur soutirer quelque chose et s'il n'y arrivait pas il se vengeait au moment où ils ne s'y attendaient plus.
"Quel sale animal" me dis-je. Un macho délinquant qui attirait malgré son aspect quelconque. Il avait un secret, sa démarche sautillante et son organe vocal, à la fois agaçant et inoubliable, tout résidait dans ce mélange d'audace, de roucoulement et d'assurance. Je commençais à penser que personne ne pouvait lui résister lorsque je compris qu'il n'attirait que de manière éphémère, ses rencontres et ses conquêtes ne duraient que de brefs instants et sa solitude le menait à voler sans cesse vers d'autres cieux. Je commençais presque à le plaindre lorsqu'il vint vers moi comme un sauvage. Je fis celle qui ne l'avait pas vu, l'ignorant pour mieux l'humilier. Malgré son insistance, je réussis à le faire fuir mais il avait des comparses et je me dis que je ferais mieux de terminer en vitesse mon déjeuner car je sentais que ses amis me joueraient un vilain tour sans tarder.
J'en avais vu tant d'autres de son espèce et je savais à quoi m'en tenir, il devenait pourtant le roi vagabond de la ville lumière. Mon unique espoir de vengeance consistait à protéger celui qu'il traumatisait à longueur de journée : un pauvre être sensible et innocent, malmené par cette grande brute sans coeur. Ma mission était facile, privilégier dès que je le pouvais ce petit être. Même sans armure, j'arriverais toujours à le défendre, l'opprimé doit toujours trouver un sauveur...
Si vous souhaitez vous joindre à mon combat, n'hésitez plus, lorsque vous verrez un pigeon, chassez le sans état d'âme car seul un pigeon peut se montrer fier comme un pape, voler des miettes aux touristes et brusquer les pauvres piafs !

jeudi 19 novembre 2009

quand tombe le masque


Elle se sentait si pure et si audacieuse face à cet homme aux mille femmes. Il avait tout connu, tout vu, tout vécu, du moins c'est ce qu'il croyait jusqu'à ce qu'il rencontre cet être étrange qui était arrivé masqué en col roulé. Les romans à l'eau de rose n'étaient pas pour eux. Une vidéo pour adulte aurait suffit à ce mâle, un roman de Jane Austen aurait ravi la demoiselle. Pourtant tous deux se retrouvaient dans une position digne des sculptures indiennes où le nombre de bras, de jambes et de sexes mêlés devient improbable.
Sentant que la situation devenait sans issue, elle décida de prendre la situation en main, sans jeux de mots aucun. Elle prit le dessus
dans une danse où sa peau soyeuse optait pour un tempo andante allegro. Les mots étaient superflus, les souffles formaient l'orchestre. De concert, ils jouirent comme s'ils l'avaient déjà fait cent fois. Il ne savait pas qui elle était, pourtant elle lui était apparut comme une évidence. Se sentant libérés de ce manège, elle le laissa enlever le bandeau qu'elle lui avait mis et il eut le droit de lui enlever son masque.
La voyant, il n'eut qu'une envie : la serrer doucement contre lui et parler, car on n'a guère envie de parler à une inconnue mais, à sa femme, c'est autre chose ! Elle avait fait de lui son jouet mais le jeu était cruel : en croyant gagner une mille et unième femme et il risquait de tout perdre, elle restait maîtresse de la partie, elle seule savait le sort qu'elle réservait au tricheur. Elle ferma les yeux et demanda en silence que la punition vienne du destin lorsqu'elle n'aurait plus de raison de l'aimer.
Des années après, il rencontra de nouveau une étrangère masquée, il savait que ce n'était pas sa femme, elle semblait plus grande, plus forte, plus impétueuse. Néanmoins, il ne put s'empêcher de lancer les dés de la vie et tenta sa chance dans un ultime jeu de séduction. Ils se prirent mutuellement, jamais il n'avait connut une telle puissance, elle l'enserrait avec la force d'une succube mais il se disait : "dès que cela sera finit je la laisserai tomber comme les autres". Elle se mit à rire car elle lisait dans ses pensées, elle lui fit subir tous les outrages, ligoté, baillonné, esclave de toutes les positions qu'il avait fait endurer à ses conquêtes. Il ne pouvait pas partir, elle l'épuisa jusqu'à ce qu'il demande grâce. Malheureusement pour lui, le pardon n'existait pas dans cette partie car cette femme masquée n'était autre que la mort et il mourut en rêvant à la seule qui lui avait donné le véritable amour des nuits paisibles.

(pour la déesse chasseresse)



mercredi 18 novembre 2009

la métamorphose


Après une nuit agitée, cela ne l'étonna guère de ne pas se reconnaître dans le miroir. Etait-ce elle, cette inconnue aux ongles de nacre et au regard perçant ? Comment un manque de sommeil pouvait-il embellir ? La raison semblait pourtant évidente, elle n'était plus humaine. Le bruit léger du radiateur auquel elle ne prêtait plus attention depuis des années lui devenait insupportable, l'odeur de la terre dans ses misérables balconnières l'enivrait et par dessus tout elle se sentait un appétit d'ogre. Un petit-déjeuner ne suffirait pas, elle voulait mordre, mordre dans la peau de son compagnon, mordre dans la vie, et dévorer l'univers semblait une option envisageable. Cannibale ? Le terme sonnait trop primitif. Vampire ? Le mot lui plaisait, quoique l'odeur du sang ne lui était pas encore familière. Ses mouvements même avaient changé, de rapides ils étaient devenus langoureux, comme un animal nonchalant qui ne craindrait plus rien.
- " Alors chéri, tu te dépêches ? " lui dit celui qu'elle nommait son lion, terme finalement approprié si elle se transformait véritablement en animal.
- " Oui, oui " , lui répondit-elle. En réalité elle comptait bien ne pas se dépêcher et le laisser partir pour réfléchir tranquillement à la situation.
Elle avait faim, une faim jusqu'alors inconnue mais l'ail lui apparut comme absolument intolérable. Plus de doute, vampire, voilà ce qu'elle était devenue. Comment ? Là était la question. Elle avait fait des rêves étranges, peuplés d'êtres qui la hissaient sur un monticule avant de l'encercler et.... et quoi ensuite ? Saleté de mémoire, impossible de savoir s'ils l'avaient bel et bien vampirisé.
Essayant de prendre la situation du bon côté, elle se dit que les soucis de santé lui seraient désormais inconnus et que l'immortalité aurait du bon pour mener à bien tous ses projets. Pourtant, une chose la taraudait, comment l'annoncer à son cher et tendre ? Il avait beau dire qu'il n'aimait pas l'ail parce que ça donnait mauvaise haleine, elle n'était pas tout à fait certaine qu'il soit néanmoins enchanté de cohabiter avec un être des ténèbres.
Elle appela son médecin, lui disant que la situation était urgente, voire exceptionnelle, et obtint un rendez-vous dans l'après-midi. En attendant l'heure dite, elle se mit à rédiger une lettre d'adieu à son homme, au cas où le médecin lui prescrive un pieu dans le coeur. Son généraliste la reçut, l'ausculta, lui posa des questions toujours délicates, comme : avez-vous la nausée? Au lieu d'un pieu, il lui servit son plus grand sourire en lui disant : " Félicitations vous êtes enceinte ! "
Au final, elle revint chez elle, déchira sa lettre en riant et se dit que oui il y avait une métamorphose, c'était un petit vampire en formation qui avait déjà faim et lui pompait son sang avec bonheur. La vie éternelle n'était pas pour elle, c'est elle qui allait donner la vie.


(pour Zébulon)

le blog créatif de la dame rouge chez blogger

Bonjour à tous,
A nouveau blog, nouvel hébergeur. En effet, suite au succès de mon blog sur http://ladamerouge.canalblog.com/, j'ai décidé de créer un nouveau blog qui ne sera plus axé sur ma vie et mes coups de coeur mais davantage sur ma facette créative. Rassurez-vous je continue les deux blogs en même temps...
Comme on dit "qu'importe le flacon pourvu qu'il y ait l'ivresse", ici ça sera qu'importe l'hébergeur pourvu qu'il y ait du texte !
Bonne lecture et n'hésitez pas à mettre des commentaires....
Votre dévouée dame rouge